Ruptures en épicerie : autant de raisons que de produits

13 mai 2022 - Patricia Bachelier

Des trous en linéaires par dizaines et des facings identiques s’étalant sur une étagère complète pour cacher la misère. Voilà à quoi ressemblent bon nombre de rayons épiceries ces dernières semaines. Pour autant, les raisons sont bien différentes selon les familles concernées. Petit tour d’horizon.

L’huile : une frénésie d’achat

La guerre en Ukraine a privé les industriels d’une huile de tournesol indispensable à la fabrication de nombreux produits créant la panique chez les consommateurs, pourtant non concernés sur leurs bouteilles habituelles. Dans la peur de manquer, ils ont fait du stock y compris sur l’huile de colza figurant comme la première alternative. À tel point que certains magasins ont tenté, en vain, de rationner les achats.

A l’échelle du rayon huile, les ventes ont bondi de +29% en un avril avec des pics à plus de 80% pour le tournesol et colza. Difficile alors de suivre le rythme en réassort magasins et en usines.

La moutarde : une pénurie de matière première

Sur la moutarde, NielsenIQ a relevé un taux de rupture de 13% en hyper et de 8% en supermarché sur la semaine du 25 avril au 1er mai. Sur une année complète, à fin avril 2022, le nombre moyen de références a chuté de 28%. La pénurie de matière première est cette fois la première cause de rupture.

"Le Canada, qui assure environ 80% des besoins des moutardiers français, a planté deux fois moins de graines de moutarde entre 2020 et 2021 et la sécheresse subie par le pays l’été dernier a fait plonger les récoltes, explique Michel Liardet, PDG d’Européenne de condiment, le deuxième acteur du marché. Ce manque n’a pas pu être compensé par les récoltes en France, qui sont mauvaises depuis trois ans."

Cultivée en Bourgogne, la graine de moutarde tricolore a comblé jusqu’à 30% des besoins des industriels en 2018, une année record à plus de 10.000 tonnes. Depuis, un insecte ravageur a fait tomber le volume à moins de la moitié. L’Ukraine est aussi un fournisseur de graine de moutarde, mais à la marge. "Nous avons encore une année compliquée devant nous, car on doit tenir jusqu’aux prochaines récoltes qui ont lieu en octobre et gérer des hausses de prix exceptionnelles", prévient Michel Liardet.

Les cornichons : une défaillance logistique

Les ruptures sur les cornichons commencent à être visibles. Elles concernent les MDD et les marques qui se fournissent en Inde, notamment les leaders. La matière première ne connait pas de pénurie, le premier pays producteur mondial alignant chaque année trois récoltes.

Ici, c’est la chaîne logistique qui est défaillante. Avec le covid, le transport maritime en provenance d’Asie connaît de grosses difficultés. En conséquence, les containers ont vu leur prix multiplier par quatre en quelques mois et, surtout, restent dans cette partie du globe.

Les confitures : un litige avec un fournisseur

Depuis quelques semaines chez Intermarché, les rayons confitures sont mités ou étalent certaines références sur un nombre inédit de facings. Et pour cause, le distributeur est en litige avec le fournisseur Andros, qui n’est autre que le numéro un du marché avec ses marques Bonne Maman et Andros.

« Suite à des difficultés d’approvisionnement, les produits de la marque Andros sont momentanément indisponibles dans votre magasin », peut-on ainsi lire sur des feuilles A4 affichées dans certains points de vente.

 

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