Reprise de magasins Dia : Gastt contre-attaque

Un magasin Dia

Placé en redressement judiciaire après la reprise de 8 magasins Dia, Gastt se retourne contre Carrefour en exigeant la cession, prévue au départ, d'un parc plus conséquent de 37 points de vente. Et demande dans l'intervalle au distributeur de reprendre les 8 magasins vendus en assumant les arriérés de salaire des employés. Une info Linéaires.

Le tribunal de commerce de Paris, qui avait placé Gastt en redressement judiciaire le 15 septembre dernier, vient d'accorder ce 6 octobre un nouveau délai d'une semaine à la société avant de se prononcer sur son éventuelle liquidation.

"Les juges attendent de savoir si Carrefour accepte de reprendre les 8 magasins, rétroactivement, à partir du 15 septembre", explique à Linéaires Adam Kuzmicz, le dirigeant de Gastt.

Les 8 magasins en question, des anciens Dia, ont été cédés par Carrefour en mai 2016. Depuis juillet, Gastt n'a plus versé de salaire aux 47 employés des points de vente. La procédure de redressement a permis le déblocage d'aides devant couvrir les salaires non perçus jusqu'à la mi-septembre, charge ensuite à Adam Kuzmicz d'honorer son rôle d'employeur.

Des salaires toujours pas versés

Les aides n'ayant toujours pas été perçues par les employés (elles devraient l'être d'ici le 20 octobre), ni aucun salaire encore versé par Gastt pour septembre, la détresse des salariés se fait chaque jour plus profonde.

Adam Kuzmicz, aujourd'hui, reproche à Carrefour de n'avoir pas respecté son engagement portant sur la cession de 37 points de vente, et non pas 8.

Le dirigeant de Gastt réclame donc au distributeur l'annulation, dans un premier temps, de la vente des 8 Dia. Et, dans un second temps, la cession en un bloc des 37 sites faisant l'objet du compromis initial. Une ambition qui, au regard des premières difficultés rencontrées par l'entrepreneur, ne manque pas de surprendre.

Mais Adam Kuzmicz l'assure, les fonds qui lui ont fait défaut pour exploiter 8 points de vente seront au contraire bien là pour gérer un parc de 37 sites. "Des investisseurs m'accompagnent sur le projet global, qui inclut une centrale d'achat, des filières d'approvisionnement et des revenus locatifs tirés des murs de 11 magasins que je devais aussi racheter", détaille le dirigeant de Gastt.

L'entrepreneur reste toujours aussi discret sur l'identité de ces investisseurs, mais il les a fait connaître à son administrateur judiciaire.

8 magasins dispersés du Nord à Marseille

"J'ai signé un acte ferme avec Carrefour pour acheter 37 magasins, rappelle Adam Kuzmicz. J'ai eu la faiblesse d'accepter un premier plan pour 8 sites sous la pression de Carrefour, pensant que les autres allaient suivre rapidement, ce qui n'a pas été le cas. Comment voulez-vous que je fasse démarrer mon projet de nouvelle enseigne avec un si petit parc, éclaté entre le Nord, Paris et Marseille ?"

Les huit anciens Dia, de fait, sont des sites que Carrefour devait rapidement céder, pour répondre à une injonction de l'Autorité de la concurrence faisant suite au rachat de Dia France en 2014. Les 29 autres magasins, eux, ne sont pas concernés par cette mesure.

"L'Autorité de la concurrence autorise aujourd'hui Carrefour à reprendre les 8 magasins, de façon provisoire", avance Adam Kuzmicz pour étayer sa demande. Selon nos informations, l'Autorité, qui ne fait pas mystère de sa préoccupation pour le sort des salariés, se montrerait en effet assez ouverte sur les solutions à envisager.

Adam Kuzmicz vient de porter plainte au pénal contre Carrefour. Il estime que le distributeur l'a mis en difficulté en n'honorant pas rapidement la vente des 37 Dia. Il lui reproche aussi d'avoir mal informé les salariés des 8 sites repris, en leur laissant entendre que Gastt allait exploiter les magasins comme un petit groupe intégré alors que le projet, dès le départ, repose sur la mise en franchise des points de vente. "Un décalage qui a suscité l'hostilité des employés et des syndicats", déplore l'entrepreneur.

Les chiffres clés du concept Okey

Un aperçu du modèle Okey

Pensée pour des surfaces de 300 à 1200 mètres carrés, la nouvelle enseigne Okey repose sur un modèle original.

Les magasins doivent être repris par des franchisés, mais les rayons traditionnels (à commencer par la boucherie et les fruits et légumes) seront laissés en concession à des structures spécialisées, des "coopératives" intégrant des opérateurs de chaque filière (pour la boucherie, par exemple, des éleveurs, des abattoirs et des transformateurs).

Dans un magasin type de 900 mètres carrés, l'offre de la zone marché devrait compter environ 600 références, complétée par un assortiment de "produits du monde" (500 codes).

Pour la partie PGC-frais LS, Adam Kuzmicz a prévu de s'appuyer sur un grossiste adhérent Francap (7500 références) et sur Maxtrade, une structure polonaise dont il a monté la filiale en France, qui lui fournira des premiers prix et des produits d'import, souvent proposés en gros conditionnement aux clients (3000 articles).

Avec un tel concept, Adam Kuzmicz estime être capable de doper la performance des magasins cédés par Carrefour. De moins de 2000 euros par mètre carré sous l'ère Dia, le chiffre d'affaires pourrait dépasser, selon les prévisions du repreneur, les 5000 euros du mètre carré.

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