Masques : la vente démarre en GMS sur fond de polémique

Masques : la vente démarre en GMS sur fond de polémique

4 mai 2020 - Patricia Bachelier

Les accusations des professionnels de santé portées le 30 avril ont suscité une réplique tout aussi cinglante de la Fédération du commerce et de la distribution. Depuis, les enseignes et leurs dirigeants y sont allés de leurs propres explications, tandis que Bruno Le Maire a dénoncé ce matin une « fausse polémique » sur France Inter.

La vente de masques démarre aujourd’hui en grande distribution sur fond d’une énorme polémique, comme seule la France sait les produire.

Fin de semaine dernière, les patrons d’enseignes, Michel-Edouard Leclerc, Alexandre Bompard (Carrefour), Thierry Cotillard (Intermarché) et Dominique Schelcher (Système U) avaient à peine fini d’expliquer aux médias les modalités de retrait en magasins qu’ils prenaient pleine face un virulent communiqué des professionnels de santé (sept fédérations de médecins, pharmaciens, sages-femmes, infirmiers, etc.). Lesquels s’insurgeaient contre "cette surenchère indécente d’annonces" et accusaient les distributeurs d’être des « profiteurs de cette guerre sanitaire ».

 « Propos outranciers et diffamatoires »

Celle-ci est devenue le temps d’un week-end prolongé une guerre de tranchées. Dès le 1er mai, la FCD dénonçait « ces propos outranciers et diffamatoires » dans un communiqué de presse, rappelant les modalités de commande des masques par la grande distribution conformément au cadre défini par l’État.

Depuis, la plupart des enseignes ont fourni leurs propres explications, Michel Edouard Leclerc et Dominique Schelcher, fidèles à leurs habitudes, y ajoutant posts et vidéo sur les réseaux sociaux. Lesquels ont suscité de nombreux commentaires, assassins ou positifs.

Alors que des politiques (Jean-Luc Mélenchon et Renaud Muselier, le président de la région PACA en tête) n’ont pu s’empêcher de jeter de l’huile sur le feu, tapant sur l’un de leurs boucs émissaires favoris, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a regretté ce matin sur France Inter une « très mauvaise polémique ». Au passage, il a soutenu la grande distribution pour avoir « joué le jeu depuis le début de la crise, notamment pour garantir la sécurité de l’approvisionnement alimentaire des Français. »

  « La grande distribution est perçue comme la « grande gagnante » de cette crise »

Les acheteurs de Carrefour et consorts ont-ils été au passage bien meilleurs pour commander des millions de masques en un temps record que ceux des agences de santé ou des groupes pharmaceutiques ? Le ministre n'est pas allé aussi loin dans ses compliments aux distributeurs…

Quoi qu'il en soit, ces accusations à l’encontre des GMS ne seront sans doute pas les dernières. « La grande distribution est perçue comme la « grande gagnante » de cette situation de crise, ce qui la met en situation de dette », observe Philippe Moati, cofondateur de l’Obsoco.

On savait déjà les Français nombreux à suspecter les magasins d’augmenter leurs prix. On a vu aussi des politiques (encore eux) envisager de créer une taxe de redistribution parce que le secteur dégage « des marges exceptionnellement élevées durant le confinement ». Mais on n’attendait pas les podologues ni les kinés s’engager sur ce terrain.

Linéaires - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DE LA DISTRIBUTION ALIMENTAIRE

● L'expertise du seul magazine spécialiste de l'alimentaire en GMS
● De nombreux reportages en magasins, enquêtes et comparatifs indépendants
● Plus de 100 dossiers marchés et focus produits traités chaque année

Profitez d'une offre découverte 3 mois