Macron, chantre de la libre concurrence

Macron, chantre de la libre concurrence

Emmanuel Macron à Rungis en avril 2017

Linéaires fait le point sur les approches, très différentes, des deux candidats à l'élection présidentielle. Après Marine Le Pen, Emmanuel Macron. L'ancien ministre de l'Economie est attaché à la libre concurrence. Mais à ce jeu, il veut aussi donner de nouvelles armes aux agriculteurs face aux enseignes.

La loi qui porte son nom, votée en 2015, n'a pas fait que faciliter les ouvertures le dimanche. Elle a durci les sanctions en cas de pratiques restrictives de concurrence, tout en renforçant les pouvoirs de l'Autorité qui en est garante.

La préparation du texte législatif avait aussi donné lieu à un singulier bras de fer entre le cabinet du ministre et les groupements d'indépendants. Emmanuel Macron, toujours au nom de la libre concurrence, voulait rendre plus souples les contrats d'affiliation pour faciliter les changements de réseaux. Il a revu à la baisse ses ambitions sur le sujet, les patrons de groupement ayant partagé leurs craintes de voir les distributeurs intégrés faire main basse sur trop de magasins.

Une dédicace chez Carrefour

Ces échanges ont probablement permis alors à Emmanuel Macron d'affiner ses connaissances sur les enjeux du commerce. Son "parrain officieux" (comme la presse l'a souvent présenté), Henri Hermand, était un pionnier de l'urbanisme commercial en France. Aujourd'hui, l'un de ses conseillers, Benjamin Griveaux, est aussi l'ancien directeur de la communication d'Unibail-Rodamco.

Bref, le candidat n'est pas déconnecté du monde de la distribution. En février dernier, il n'a pas dédaigné organiser une séance de dédicace dans l'hypermarché Carrefour de Saint-Pierre-des-Corps (37), avec l'enthousiasme d'un Nicolas Sarkozy (la bise aux caissières en moins). Anecdotique certes, mais quand même symbolique.

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a toutefois peu évoqué la grande distribution. Sauf lorsqu'il s'adressait à des professions en "friction" avec elle.

Pharmaciens, agriculteurs

Interrogé par des pharmaciens inquiets, le chantre de la libre concurrence a répondu qu'il restait "attaché au monopole pharmaceutique". Mais il a aussi appelé, citant "les velléités d’acteurs de la grande distribution de vendre des médicaments hors les officines, sous la responsabilité de pharmaciens", à la création d'une "instance de concertation" réunissant l'ensemble de la filière.

Face aux agriculteurs, le candidat a encore davantage ménagé la chèvre et le chou. "En tant que ministre, je suis celui qui a augmenté partout les contrôles sur les marges et le respect de la loi sur les grands distributeurs, a-t-il lancé à Quimper en janvier. Mais je sais aussi dire la responsabilité avec laquelle plusieurs enseignes ont su valoriser des produits du terroir, ont su respecter certains producteurs pour maintenir les prix ou les valoriser."

Davantage que par les aides, il souhaite que les agriculteurs obtiennent de justes prix par la négociation. Y compris en leur accordant des dérogations au droit de la concurrence.

"Pour qu’ils fassent le poids face aux industriels et aux distributeurs, je veux des associations d’organisations de producteurs aux pouvoirs renforcés, a-t-il ajouté à Quimper. Elles pourront négocier, avec un véritable mandat des agriculteurs, des contrats-cadres sur les volumes et le prix. Leur création doit être simplifiée et encouragée, et lorsqu’une association d’organisations de producteurs existera, l’industriel ou la centrale d’achat sera dans l’obligation de négocier directement avec elle."

Le candidat annonce également un programme d'investissement visant à financer la modernisation des exploitations agricoles. Pour mieux préserver l'environnement, pour monter en gamme dans les productions, mais aussi pour que les agriculteurs développent eux-mêmes davantage de distribution en circuits courts.

Emmanuel Macron veut organiser, "dès le début du quinquennat", des états généraux de l'alimentation (un "Grenelle"), afin de mieux organiser la répartition de la valeur, au profit des agriculteurs.

"Si ces négociations n’aboutissent pas, nous reverrons la LME de 2008", a-t-il prévenu en mars.

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