Ils ne vivent pas dans le même monde

8 novembre 2008 - Benoît Merlaud

Quand les responsables de la franchise des groupes intégrés prennent leur bâton de pèlerin pour aller porter la bonne parole auprès des candidats, on imagine à peu près les arguments qu’ils ont à faire valoir. Mais on voit aussi très bien quels sujets ils éviteront d’aborder. C’est pourtant le nerf de la guerre : les bénéfices que le magasin peut espérer dégager en fin d’année.
En la matière, le bilan des groupes intégrés est peu flatteur. Pour synthétiser, un franchisé Champion, Atac ou Casino gagne cinq fois moins bien sa vie qu’un adhérent Intermarché, U ou Leclerc. La comparaison porte sur le taux de rentabilité nette des sociétés, en pourcentage du chiffre d’affaires. En d’autres termes, sur 100 euros de chiffre d’affaires, un adhérent obtient en fin d’année 1,50 € de résultat net. Un franchisé, lui, ne peut compter que sur… 30 centimes. Nombre de franchisés, en outre, ne sont pas propriétaires de leurs murs. Pas question pour eux, comme peuvent le faire des indépendants, de transférer une partie des bénéfices en versant un loyer à leur propre société immobilière.
D’éventuelles différences dans les pratiques comptables ne peuvent pas expliquer ces écarts. Les ordres de grandeurs sont les mêmes quand on considère les résultats d’exploitation, plus proches de la « réalité » du métier.

Attirer des Mousquetaires

Avec un tel bilan, les distributeurs intégrés ne craignent pourtant pas de partir à la chasse aux adhérents indépendants. Casino, ainsi, a musclé son dispositif en 2005 en créant une filiale dédiée, Casino Franchise. Laquelle a misé, dès la même année, sur un nouveau panonceau : Hyper Casino. Les dirigeants du groupe ne s’en cachent pas, cette enseigne a été pensée en grande partie pour attirer des Mousquetaires mal à l’aise dans leur groupement, mais qui ne voyaient dans Casino qu’une enseigne de petits supermarchés. Depuis, quelques Intermarché sont effectivement devenus des Hyper Casino (La Varenne Saint-Hilaire, Luxeuil-les-Bains, Corbenay, etc.).
Champion, de la même manière, avait mené une telle campagne de séduction auprès des adhérents Intermarché que le groupement a dû riposter sur un plan judiciaire, en 2006, pour limiter l’hémorragie.

Informés avec légèreté

Pour autant, les groupes intégrés ont fort à faire. Les Coop d’Alsace et de Normandie-Picardie, en quittant respectivement Cora et Casino au profit de Leclerc et Système U, illustrent en effet tout l’attrait que les indépendants peuvent exercer. Les franchisés des grands groupes intégrés, même les plus satisfaits, ne peuvent prétendre participer à la vie de leur enseigne comme le font les indépendants dans un groupement. Ils ne pèsent jamais, en effet, guère plus de 11 % du parc chez Atac (hors Schiever), 23 % chez Casino et 41 % chez Champion.
Il n’y a qu’à voir avec quelle légèreté, parfois, ils sont informés de changements qui les concerne pourtant directement. Les franchisés Champion ont ainsi été les derniers à découvrir la nouvelle enseigne Carrefour market (alors que le groupe, en interne, avait déjà décidé de basculer tout son parc).
Lorsque l’on se plonge dans le détail des comptes de résultat, on ne peut évidemment qu’envier la situation des adhérents Leclerc. Ils possèdent de gros magasins, réalisent de gros chiffres d’affaires (49 M€ en moyenne sur la base des comptes 2007) et en tirent les plus gros résultats. Réjouissant pour les hommes (et les femmes) déjà en place, mais difficile d’accès pour les nouveaux candidats. Pas étonnant que le mouvement, depuis quelques temps, ait mis de l’eau dans son vin. Alors que l’enseigne avait comme vocation, au début des années 2000, de faire de tous ses magasins des hypers, elle s’est sérieusement penchée sur le potentiel des points de vente plus modestes. Résultat : aujourd’hui, des propriétaires de supermarchés n’hésitent plus à frapper aux portes du mouvement.
Dans le classement 2007, Hyper U / Super U et Intermarché se serrent ensuite de près en matière de rentabilité. A une nuance près : autant le nombre de U ayant déposé leurs comptes au 20 septembre est représentatif (60 % des magasins), autant celui des Mousquetaires est limité (25 % du parc). Il est donc préférable de regarder 2006, avec 80 % des comptes d’Intermarché disponibles, pour constater que la comparaison tourne plus nettement à l’avantage des U : + 0,2 point de rentabilité.
L’observation vaut aussi pour le nombre de points de vente déficitaires. Les Mousquetaires ayant déposé leurs comptes pour 2007 font plutôt bonne figure, avec 12 % de magasins affichant une perte nette en fin d’année (le meilleur score après les 8 % de Leclerc). Mais les résultats 2006 donnent une meilleure idée de la réalité. En gros, 20 % des adhérents sont dans le rouge chez Intermarché.

Un commerçant sur cinq en difficulté : la perspective vous effraie ? C’est que vous ne vous êtes pas penchés sur les performances des supermarchés franchisés. Chez Champion, la situation est autrement plus inquiétante que chez Intermarché. L’enseigne parvient certes à améliorer un peu la situation globale de ses franchisés (la rentabilité nette moyenne progresse), mais, paradoxalement, le nombre de magasins en déficit augmente. Sur la base des comptes déposés (40 à 60 % du parc selon les années), la part des franchisés Champion dans le rouge était de 38 % en 2005, 42 % en 2006 et 43 % en 2007. Tous ne sont pas harcelés par leur banquier, bien entendu (le résultat est calculé après le versement du salaire), mais c’est tout de même le plus mauvais résultat du comparatif.
Pour Atac et Casino, environ un franchisé sur trois est en déficit. Une situation qui semble stabilisée chez Atac (tout comme la rentabilité moyenne), tandis que Casino a entamé un redressement de la situation de ses franchisés. La rentabilité progresse de 0,2 point et la part de magasins déficitaires est passée de 32 % en 2006 à 29 % en 2007. Un effet, sans doute, de la politique commerciale de l’enseigne (inspirée par dunnhumby), qui dope la fréquentation et le panier moyen des Casino.

Linéaires - Formules d'abonnement

LE MAGAZINE DE LA DISTRIBUTION ALIMENTAIRE

● L'expertise du seul magazine spécialiste de l'alimentaire en GMS
● De nombreux reportages en magasins, enquêtes et comparatifs indépendants
● Plus de 100 dossiers marchés et focus produits traités chaque année

Profitez d'une offre découverte 3 mois