Crise laitière : les prix remontent en Europe, mais pas en France

8 décembre 2016 - A.Lejeune

Crise laitière : les prix ne remontent pas en France. Photo E.Pain

Le prix du lait payé aux producteurs a touché le fond cet été à 0,20€ le litre, voire moins dans certains pays européens, et la baisse de production de lait en Europe connaît un recul historique : -700 millions de litres en octobre et novembre avec une projection à -0,6% pour 2016.

En conséquence, le marché des produits laitiers se rééquilibre et les prix remontent pour tous les acteurs, y compris les consommateurs. Mais pas en France.
En Allemagne, les négociations de novembre entre les fabricants et les enseignes Lidl et Aldi aboutissent à des hausses de tarifs spectaculaires pour les produits destinés aux premiers prix, répercutées sur les PVC, en une seule fois.

Sortie d'usine, le lait augmente de 15 centimes pour passer la barre des 0,40€ le litre, la plaquette de beurre est renégociée à 4,40€ le kilo contre 3,30€ et les fromages prennent aussi 30%.

«Tous les maillons de la chaîne doivent démontrer leur capacité à remonter les prix sur un marché qui va mieux.»

Promos et LME
En France, en revanche, les négociations annuelles ont pour effet de lisser les prix. Malgré une forte baisse de production de lait au deuxième semestre (entre -7% et -8% de collecte), les prix continuent de s'éroder toutes familles confondues (lait, crème, yaourts, fromages).

"La faute à l'effet promo, selon Olivier Picot, président de la FNIL (Fédération nationale des industries laitières), qui alerte à la veille des échanges avec les distributeurs. Tous les maillons de la chaîne doivent démontrer leur capacité à remonter les prix sur un marché qui va mieux, même si la loi permet de ne pas le faire. Après quoi, si le prix payé aux producteurs ne s'améliore pas, on frôlera l'injustice."

Olivier Picot met directement en cause la loi de modernisation de l'économie et plaide, entre autres, pour une remontée des seuils de vente à perte et un coût d'arrêt aux discriminations des conditions commerciales. «La LME provoque des dégâts en organisant la guerre des prix, détruit de la valeur et de l'emploi, plaide le représentant des industriels. Or il n'y a pas de loi du commerce universelle. En réduisant la pression concurrentielle, les marges pourraient se reconstituer.» Mais le président se refuse à parier sur le pire, croyant à la prise de conscience des distributeurs.

Pénurie sur le beurre premier prix

Le marché laitier mondial et européen est déficitaire en matière grasse, à tel point que les industriels sont empêchés d'honorer certains contrats de vente, y compris ceux des distributeurs. Cette pénurie a pour conséquence directe de faire flamber le prix du beurre premier prix qui fait l'objet de contrats très courts (un ou deux mois) et se retrouve ainsi plus cher que les MDD, qui, elles, bénéficient d'engagements d'un an.

Par ailleurs, 30% du lait collecté par les industriels est transformé en commodités (notamment poudre). Or la baisse de la collecte de lait, qui atteint des records en France ces derniers mois (-7 à -8%), affecte directement les ingrédients, qui passent de 30% à 22% des volumes, au profit des PGC. Car les industriels privilégient leurs marques nationales, au coeur de leur stratégie malgré leur prix figé et contractualisé sur un an. "Finalement on profite beaucoup moins des prix élevés qu'on ne pâtit de leur baisse", regrette Gérard Calbrix, directeur des affaires économiques de l'ATLA (Association de la transformation laitière).

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